Ces blogueuses « healthy » qui ont nourri mon trouble alimentaire

17 Avr 2017 | Orthoréxie, Troubles alimentaires | 1 commentaire

J’ai toujours aimé le porridge. Arrosé de sirop d’érable, crémeux à souhait et saupoudré de morceaux de bananes et de fruits rouges…

Mais, en « vieillissant », la taille de mon bol dense et délicieux de flocons d’avoine a graduellement diminué, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une poignée de fruits à l’intérieur.

Ce qui est bizarre, c’est que je ne détestais pas la bouffe.

En fait, j’étais capable de dévaliser un buffet entier comme une championne ou de commander un café juste pour le chocolat !

Mais, avec le temps et le développement des réseaux sociaux comme Instagram, Facebook, et Youtube, je suis devenue de plus en plus terrifiée à la vue du moindre grain de sucre, de la moindre goutte d’huile ou de la moindre trace de gluten ou de lactose.

Ma passion de toujours était devenue mon poison.

Une combinaison toxique « d’inspirations » quotidiennes, de fitspo et de « healthy eating » jaillissant de tous les orifices médiatiques m’avait forcé à me focaliser sur les deux choses que je pensais pouvoir maîtriser : mon corps et la nourriture.

Parlons par exemple de l’impact que peuvent avoir les blogueurs/blogueuses culinaires healthy sur des personnes déjà vulnérables et influençables vis-à-vis de tout ce qui touche la nourriture et l’apparence physique…

Bien que ces personnes n’aient pas pour intention d’attirer avec leurs recettes « saines » des anorexiques mentales ou des fanatiques du manger « sain » et de la minceur, leur démarche résonne énormément avec ce genre de profits…

Je me souviens que durant un épisode d’envie de brownie au chocolat assez intense, je me suis mise à rechercher des recettes « saines » qui seraient parfaitement adaptées à une personne comme moi ayant déjà une relation malsaine avec la nourriture.

À mon grand bonheur, je me suis retrouvée avec une tonne d’options « sans-culpabilité » (#guiltfree) courtoisement autorisée par la nouvelle école des blogueuses healthy.

C’etait comme si je venais d’ouvrir la boîte de Pandore et je salivais pratiquement devant toutes ces recettes réduites en calories, en sucre, en gras et en gluten.

Puis, en avançant dans mes recherches, j’avais découvert grâce au blog de Healthy Georgette les graines de sarrasin pour remplacer le porridge aux flocons d’avoine (le gluten était démoniaque !) et le cacao cru pour satisfaire mes envies de chocolat.

J’avais aussi appris à faire du « pain » à base de brocoli et que les bananes avaient un index glycémique incroyablement haut.

Je ne savais pas ce que cela voulait dire mais il était clair que je n’aimais pas la sonorité que ça avait !

Et, grâce au blog de Healthy Mauricette, j’avais même le droit de manger une pizza ENTIÈRE…dont la pâte était faite de choux-fleur, évidemment.

Et j’avais aussi découvert sur la chaîne Youtube de Healthy Fit Lucette, ces délicieuses nouilles de konjac !

Le bonheur !!

Des nouilles qui n’apportaient rien de ce qu’un aliment est censé vous apporter c’est à dire goût, plaisir, substance, et énergie.

Sans grand intérêt donc à moins que vos objectifs soient de finir frustrée, affamée, constipée et de vous retrouver avec le métabolisme d’un ours en hibernation (#restrictioncalorique).

Malgré cette intention tout à fait honorable d’encourager la société à faire des choix plus sains, ces influenceuses healthy ont sans le savoir (et sans que je le sache non plus) nourri mon trouble alimentaire obsessionnel et je me suis retrouvée, en l’espace de quelques mois, avec une alimentation stricte composée de biscuits sans-gluten, sans-sucre et sans-huile, de soupes, de légumes, de salade et de tofu (#eatclean).

Bien que les blogueuses mentionnées ci-dessus soient une aubaine pour les milliers d’intolérants au gluten, leurs conseils touchent aussi les personnes les plus vulnérables, comme c’était mon cas il y a quelques années.

J’étais en fait en train de développer une forme de trouble alimentaire que l’on appelle « l’orthoréxie » et qui est de plus en plus courant dans notre société, nourri par l’obsession du manger sain et le développement de d’une phobie autour de l’obésité et de la prise de poids.

L’orthoréxie est une frontière floue existant entre le fait d’être simplement soucieux de sa santé et le fait d’être obsédé par sa santé.

Ce qui commence généralement par une intention saine d’améliorer son mode de vie peut facilement se transformer en une obsession malsaine.

Et vous imaginez bien que dans cette société où l’on nous incite fortement à compter nos calories, à manger « clean », à s’entrainer de manière intensive et à faire des détox hebdomadaire, l’orthoréxie progresse à vitesse grand V.

Essayez de vous balader sur instagram, ou de visiter votre blog favoris, vous aurez de grandes chances de ne trouver que des #fitspo pour motiver vos comportements de #cleaneating, de #cleansing, et de #detoxing.

Des photos de smoothie verts minceur, aux recettes de pizza sans-gluten, en passant par des cures détox anti-sucre (au passage, si vous pensez toujours être « accro » au sucre, lisez cet article…), il y a plein de ressources en ligne pour vous rendre accro à l’idée que vous devriez suivre une diète ultra-healthy.

Alors qu’à l’époque de mes grands parents la nourriture était simplement plaisir et nutrition, aujourd’hui les choses sont devenues beaucoup plus compliquées : identité, spiritualité, supériorité, poids moral, etc.

Alors qu’avant manger n’occupait qu’une petite partie de leurs pensées, de nombreuses personnes aujourd’hui passent plusieurs heures par jour, voire des journées entières, à penser à quoi manger et ne pas manger.

Maintenant vous devez vous demander :

 

« Qu’est ce qu’il y a de mal à essayer de manger sainement ? Tu donnes aussi des conseils nutritionnels donc tu promeus et favorises également ce genre de comportements ? »

 

Oui bien sûr, cela fait partie de mon job de promouvoir un mode de vie bienveillant qui implique notamment de manger des aliments nutritifs.

Le problème vient de la mentalité et l’état d’esprit qui se trouvent derrière cette démarche, que ce soit du côté du blogueur, ou du côté du lecteur.

Il y a une différence entre une alimentation « saine » abordée avec flexibilité, bienveillance et plaisir, et une alimentation saine abordée avec culpabilité, contrôle, règles, restriction, punition, peur et obsession.

Mon amour actuel pour la nutrition n’a rien à voir avec la relation obsessionnelle et rigide que j’avais dans le passé.

C’est avec une mentalité ouverte, flexible, et bienveillante que j’aborde aujourd’hui les choses.

Et je suis fière de m’être construite une relation aussi saine avec la nourriture !

C’est la raison pour laquelle je ne blâme en aucun cas ces blogueuses si mes comportements (et ceux des autres) ont glissé vers de l’orthorexie.

Alors certes, certains membres de cette armée croissante de soldats du « bien-être » s’inventent nutritionnistes et prodiguent clairement des conseils dangereux et extrémistes qui créaient des régimes déséquilibrés nutrionnellement et qui favorisent le développement de TCA.

Ce n’est pas le fruit du hasard si je vois quotidiennement des jeunes filles qui ne mangent rien d’autre que des graines, des protéines maigres, du tofu et des brocolis et qui s’étonnent d’être constipées, de ne plus avoir leurs règles ou de faire de l’hypothyroïdie, tout en s’auto-isolant de leur famille et de leurs amies car leur alimentation est « différente »,

et qui voient leur métabolisme et leur cerveau se remettre à fonctionner normalement une fois qu’elles réintroduisent certains macro-nutriments indispensables comme les glucides.

Ce contre quoi je souhaite vous mettre en garde à travers cet article, si vous l’avez compris, c’est notre réaction face à ce genre de conseils, notre interprétation et la manière avec laquelle nous les appliquons.

Nous sommes devenues beaucoup trop sensibles aux messages qui touchent à la nourriture et le poids et nous devons tempérer nos propres réactions.

Je ne le répèterai jamais assez : prenez du recul sur les conseils « nutritionnels » que je partage sur ce site.

Bien qu’ils soient peu conventionnels, ne les transformez pas en un autre mode alimentaire obsessionnel, stricte et restrictif.

Comment se débarrasser de sa mentalité orthoréxique et de son obsession du manger sain ?

 Comme tout trouble alimentaire, je pense que l’orthoréxie est un peu comme une addiction dans laquelle la nourriture nous contrôle.

Pour améliorer sa relation avec la nourriture, il faut commencer par lâcher-prise mentalement.

Pour trouver cet équilibre entre manger « sainement » et manger « sainement de manière obsessionnelle » il faut notamment :

  • Supprimer le besoin d’avoir une alimentation parfaite ;
  • Vous autoriser à découvrir vos préférences et vos besoins personnels, sans les construire à partir d’un système de croyances arbitraires.

Et apprenez aussi à aimer, à respecter et à admirer votre corps pour tout ce qu’il vous apporte au quotidien car il est difficile de manger pour les bonnes raisons et de faire les bons choix tout en détestant votre corps et en ayant peur de prendre du poids.

Si vous désirez savoir comment trouver cet équilibre et comment mettre tout ça en pratique concrètement, étape par étape, vous pouvez toujours jeter un coup d’oeil à mon programme.

En attendant, avant d’acheter votre prochain pot de graines de chia, cela vaut le coup de vous demander si vous n’êtes pas en train de priver votre corps des glucides dont il a désespérément besoin ?

Croyez moi, une banane ou deux ne vont pas vous envoyer à l’hôpital 😉

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